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Culture·

L'échappée étroite de l'Andorre à l'absorption française pendant la guerre des Segadors

L'historien Domènec Bascompte détaille comment l'Andorre a évité l'intégration à la France durant la guerre des Segadors au XVIIe siècle grâce à une diplomatie habile.

Synthese a partir de :
Bon Dia

Points cles

  • Forces françaises occupent l'Andorre en 1642, séquestrant les temporalités de l'évêque Duran pendant la guerre des Segadors.
  • Louis XIII détourne les revenus andorrans vers des officiels français jusqu'au retrait des troupes en 1659.
  • Traité des Pyrénées rejette les prétentions françaises sur la Cerdagne et La Seu, confirmant le régime andorran.
  • Appel direct des Andorrans à Louis XIV assure l'exemption d'incorporation.

L'historien Domènec Bascompte examine comment l'Andorre a échappé de justesse à l'absorption par la France pendant la guerre des Segadors dans son article « La guerra dels Segadors a Andorra », publié dans les actes 2024 des XXI Trobades Culturals sur les conflits pyrénéens.

Le 9 mai 1642, au début de la guerre, Louis XIII imposa le contrôle sur le nord de la Catalogne, y compris les zones au nord d'une ligne imaginaire remontant le fleuve Llobregat par Igualada, Cervera et La Seu d'Urgell. Les forces françaises occupèrent les Vallées neutres d'Andorre et nommèrent Josep Amat « segrestador » des temporalités — terres, revenus et biens — de l'évêque d'Urgell Pau Duran, farouche loyaliste de Philippe IV, ainsi que de Feliu Llorenç, le viguier de La Seu d'Urgell et d'Andorre.

La France cherchait à écarter Duran, un Philippiste déclaré, en installant un administrateur temporaire. La même année, Louis XIII dirigea les revenus andorrans vers François Barthélémy, conseiller royal au Parlement de Toulouse et abbé d'Aunes. En 1647, l'intendant Pierre de Marca ordonna de diviser ces fonds entre l'abbé de Beauregard et les pauvres de La Seu et d'Andorre.

Duran mourut en exil en 1651, et son successeur, Juan Manuel de Espinosa, évita La Seu encore occupée par les Français jusqu'au retrait des troupes en 1659. Bascompte argue que cette séquestration visait Duran personnellement, et non l'évêché d'Urgell ou la coprincipauté andorrane. Les rois de France n'ont jamais revendiqué la seigneurie exclusive sur l'Andorre.

Le traité des Pyrénées de 1659 scella le répit de l'Andorre. La France renonça à ses prétentions sur la Catalogne — partiellement occupée depuis 1641 — en échange du Roussillon, du Conflent et d'une partie de la Cerdagne. Les négociateurs français exigèrent brièvement l'Empordà oriental depuis Roses, la vallée de Ribes, toute la Cerdagne, La Seu et la vicomté de Castellbò, invoquant leur position au nord de la ligne de crête des eaux. Si ces prétentions maximalistes avaient abouti, le sort d'Andorre aurait été sombre, avec une intégration potentielle à la France, au parlement de Toulouse, au Roussillon ou à la Cerdagne.

Le traité confirma le régime juridictionnel d'Andorre sous les coprincipaux. Pourtant Bascompte note qu'il s'agissait d'un moment délicat qui aurait pu mener à l'incorporation française. Les Andorrans subirent les troupes françaises, qu'ils logeaient et nourrissaient, jusqu'à ce qu'une diplomatie rustique mais habile fasse appel directement au coprince Louis XIV pour obtenir une exemption — un succès.

Bascompte met en lumière les tensions entre Duran et Pau Claris, chanoine de La Seu qui dirigea la Generalitat à partir de 1638, aboutissant au Corpus de Sang de 1640, à la sécession catalane et à l'entrée des Français. Claris instigua la séquestration de Duran. Si Claris avait prévalu et que la Catalogne avait rejoint la France, l'Andorre serait aujourd'hui une modeste commune de l'Ariège.

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Sources originales

Cet article a ete agrege a partir des sources catalanes suivantes :