La moitié des jeunes adultes français ignorent la Shoah, ce qui pousse Andorre à agir en matière d'éducation
Des sondages révèlent des lacunes criantes en Europe et aux États-Unis, incitant l’Université d’Andorre à organiser un cours sur l’éducation à la Shoah du 3 au 5 mars pour lutter contre le négationnisme et préserver la mémoire.
Points cles
- Près de 50 % des Français de 18-29 ans n'ont jamais entendu parler de la Shoah ; 50 % des Américains ne citent aucun camp nazi.
- Lacunes aussi en Roumanie (15 %), Autriche (14 %), Allemagne (12 %) ; préoccupations similaires en Andorre.
- Événement de l'Université d'Andorre du 3 au 5 mars cible enseignants et public avec experts en éducation sur la Shoah.
- Yáñez insiste sur l'urgence pour éviter la répétition de l'histoire, favoriser l'empathie via témoignages, face à la rhétorique totalitaire montante.
Près de la moitié des jeunes adultes français âgés de 18 à 29 ans n'ont jamais entendu parler de la Shoah, selon un rapport récent de la Conference on Jewish Material Claims Against Germany. Aux États-Unis, la moitié des répondants n'ont pu citer un seul camp de concentration nazi, malgré l'existence d'environ 40 000 sites de ce type.
Ces résultats, qui mettent aussi en lumière des lacunes en Roumanie (15 %), en Autriche (14 %) et en Allemagne (12 %), suscitent l'inquiétude des historiens. Cristina Yáñez, professeure et chercheuse à l'Observatoire interdisciplinaire d'histoire, de science politique, de relations internationales et de l'Union européenne de l'Université d'Andorre, soupçonne des niveaux d'ignorance similaires en Andorre. Elle se souvient de sa scolarité dans le pays, où la Seconde Guerre mondiale – et le système des camps de concentration – n'ont jamais été abordés.
En réponse, l'Observatoire, l'Université d'Andorre et le Conseil de Canillo organisent la deuxième édition de *L'Importance de l'enseignement de la Shoah et de la mémoire historique*. L'événement, coordonné par Yáñez, se tiendra du 3 au 5 mars à l'université. Il s'adresse aux enseignants, aux étudiants et au public, avec des intervenants dont Claude Benet, Pau Chica, Quim Valera, Jorge Cebrián, Roser Porta, Ramon Tena, Alexandra Monné et l'historien Joan Callarissa de l'Université de Vic.
Yáñez a souligné l'urgence du programme pour préserver la mémoire historique, contrer le négationnisme et les discours de haine, et promouvoir les valeurs démocratiques. Il repose sur trois principes : l'ignorance de l'histoire risque de répéter les erreurs du passé ; l'empathie, mieux suscitée par des témoignages personnels que par la fiction, est essentielle pour appréhender l'ampleur de la Shoah ; et les horreurs de la Seconde Guerre mondiale ont touché l'Andorre directement, via des routes d'évasion documentées par Benet et les premières plaques Stolpersteine installées le printemps dernier à Velles Cases pour commémorer huit Andorrans déportés vers des camps nazis.
La Shoah, a insisté Yáñez, fut un génocide unique : l'extermination systématique et industrielle de 5 à 6 millions de Juifs et de 220 000 à 500 000 Roms entre 1939 et 1945. Elle découlait de l'idéologie antisémite d'Hitler dès le milieu des années 1920, codifiée dans les lois de Nuremberg de 1935 et finalisée à la conférence de Wannsee de 1942 comme la « Solution finale ». Hitler était arrivé au pouvoir par des élections démocratiques, non par un coup d'État.
Malgré la prolifération de romans, de films comme le récent *Nuremberg* avec Russell Crowe, et de séries telles que *Le Tatoueur d'Auschwitz*, la mémoire collective semble s'effacer. Yáñez a mis en garde contre les dangers d'adopter une rhétorique totalitaire au milieu des crises actuelles, citant les génocides d'après-guerre des Khmers rouges à Srebrenica, les Rohingyas, les Tutsis et les Yézidis.
Pour une meilleure compréhension, elle a recommandé des films tels que *The Music Box*, *La Liste de Schindler*, *Shoah* et *Nuremberg* ; et des livres comme *Si c'est un homme* de Primo Levi, les journaux d'Anne Frank, *Holocaust: An Unfinished History* de Dan Stone et *Le Tatoueur d'Auschwitz* de Heather Morris.
Sources originales
Cet article a ete agrege a partir des sources catalanes suivantes :