Seule photo connue du chef controversé de la police andorrane sous la Seconde Guerre mondiale découverte dans des archives polonaises
L'historien Pau Chica met au jour une image de 1932 de Paul Larrieu, instructeur controversé de la première police andorrane accusé de collaboration pendant la guerre.
Points cles
- Photo de 1932 montre Larrieu comme chef de la police andorrane après nomination post-grève Fhasa.
- Accusé d'avoir refusé des visas à la famille juive Rosenthal en 1942, entraînant une tentative de suicide.
- Témoignage oculaire : Larrieu aurait aidé à livrer des Juifs aux Allemands ; accusations mutuelles de collaboration.
- Fuit en Espagne en 1943, acquitté plus tard pour collaboration après avoir aidé des réfugiés.
L'historien Pau Chica a découvert la seule photographie connue de Paul Larrieu, l'instructeur controversé de la première police andorrane, dans les archives nationales polonaises.
L'image, datée de 1932 et créditée à Wide World Photo, montre Larrieu peu après son arrivée en Andorre. Sa légende se contente de : « Mr. Larrieu, chef de la police andorrane. » En réalité, comme l'a noté l'historien local Josep Giribet lors des Journées de l'Histoire à Canillo la semaine dernière, Larrieu a brièvement exercé ce rôle le 7 avril 1933. Cela suivait la grève de la Fhasa, lorsque le vice-véguer Joseph Carbonell – dont le poste n'a jamais été reconnu par le Conseil général – l'a placé à ce poste par méfiance envers les agents locaux. Le síndic a rapidement rappelé aux batlles que ni Carbonell ni Larrieu n'avaient d'autorité légitime.
Nommé en mars 1932 comme instructeur pour la première promotion de la force – créée par décret du Conseil général l'année précédente –, Larrieu est vite tombé en disgrâce. En septembre, le Conseil a exigé son départ, mais il a manœuvré pour devenir secrétaire de la végueria, poste qu'il a occupé sous trois végueries : Samalens, Laumond et Lesmartres. Il est resté jusqu'en juillet 1943, au milieu de tensions avec Lesmartres qui se sont conclues par la fuite de Larrieu vers l'Espagne juste avant une patrouille de la Gestapo. Là, il s'est réinventé en délégué de la Croix-Rouge française, aidant des compatriotes arrivant à Saragosse au milieu du chaos de la Seconde Guerre mondiale.
Le mandat de Larrieu a toutefois attiré de sombres accusations. En septembre 1942, au bureau de la véguerie française, il aurait refusé des visas à la famille juive Rosenthal – père, mère et jeune fils –, hébergée à l'Hôtel Pyrénées d'Andorra la Vella. Il leur a exigé de déposer leur argent liquide et menacé d'expulsion. Le père s'est alors tailladé les poignets ainsi que ceux de sa femme avec un rasoir, mais Larrieu a fait panser leurs plaies et les a envoyés à Toulouse, selon un rapport du 5 février 1945 de son subordonné, le sotssecretari Savary, conservé aux archives départementales de Nantes.
Le contrebandier Pierre Saint Laurens, dans ses mémoires de guerre *Contes de faits: souvenirs, témoignages*, décrit un autre incident : il a croisé un camion d'anciens Juifs et d'enfants au refuge de Port de fra Miquel, conduit par l'agent de la végueria Trouvé vers les mains des Allemands. Larrieu serait arrivé, pistolet à la main, et aurait ordonné à Saint Laurens de se retirer ; les victimes ont disparu.
Des accusations mutuelles ont volé entre Larrieu et Lesmartres, Lesmartres reprochant à Larrieu de trafiquer, de spéculer sur les devises, de prendre des commissions et d'occuper illégalement les locaux de la végueria. Larrieu a riposté en affirmant que Lesmartres avait livré trois groupes de réfugiés français aux Allemands fin 1942 et début 1943.
En septembre 1944, Larrieu est rentré pour reprendre son poste de secrétaire mais a été arrêté par les autorités françaises, jugé à Perpignan pour collaboration et relâché sans condamnation – en partie grâce au témoignage de réfugiés qu'il avait aidés à Saragosse. Chica a trouvé la photo en recherchant l'histoire andorrane de la Seconde Guerre mondiale dans les archives polonaises, pour un livre à venir qui fait suite à son ouvrage de 2022 sur la guerre civile espagnole. Le collectionneur Marc Pantebre a donné des images similaires d'époque aux Archives nationales. La raison de la présence de la photo en Pologne reste inconnue.
Sources originales
Cet article a ete agrege a partir des sources catalanes suivantes :