L'historien dévoile l'archive de Casa Cintet : l'essor commercial andorran des XIXe-XXe siècles
L'étude de Daniel Fité sur plus de 20 000 documents intacts révèle le commerce diversifié de Casa Cintet, des allumettes et du tabac aux investissements miniers.
Points cles
- Archive de 1854-1945 avec 8 000 factures, livres comptables, contrats ; donnée en 2018, désormais en ligne.
- Casa Cintet commerçait allumettes (premières en Andorre en 1893), tabac, jambons, produits de luxe, essence, change.
- Alliée aux contrebandiers pour contourner les monopoles ; investissements dans charbon espagnol, zinc, mines d'or sud-africaines.
- Entreprise évolue sur générations jusqu'à fermeture dans les années 1950 au milieu des guerres et concurrence ; survie qualifiée de « miracle ».
L'historien Daniel Fité a présenté une étude complète de l'archive de Casa Cintet, une collection de plus de 20 000 documents qui retrace la diversification commerciale de l'Andorre de la fin du XIXe à la mi-XXe siècle.
L'archive, préservée par Jacint Rossell Maestre et son fils Jacint Rossell de la firme Casa Cintet à Andorra la Vella, comprend 8 000 factures, livres comptables, correspondance et contrats couvrant la période 1854-1945. Donnée aux Archives nationales en 2018 en parfait état, elle est désormais accessible en ligne. Fité, originaire de Cabó et formé à Barcelone, a livré hier le premier aperçu public de son travail dans la salle d'exposition du gouvernement. L'étude a été commandée par Andorra Recerca + Innovació, la Chambre de commerce et le ministère de la Culture.
Casa Cintet s'est distinguée dans le paysage commercial andorran, fonctionnant comme une opération internationale malgré la petite taille de la Principauté. Les Rossell se fournissaient à Calaf, Tàrrega, Béziers, Toulouse, Barcelone et Madrid, des clients leur demandant parfois de faire des courses lors de leurs voyages. Leurs activités englobaient la fabrication d'allumettes – les premières en Andorre, produites en 1893 dans une usine à mi-chemin entre Andorra la Vella et Escaldes pour contourner les préoccupations locales de sécurité –, le tabac et la soupe de pâtes. Ils vendaient des jambons, des ampoules, des peaux, des produits alimentaires haut de gamme comme Moët & Chandon, des chaussures, des objets en esparto, de l'essence via une station Shell, des services de change, des fournitures de couture, des vins, du matériel de quincaillerie, de la vaisselle et même des articles funéraires tels que du tissu, des oreillers et des clous pour des cercueils loués.
L'ambition de la firme s'étendait à des alliances avec des contrebandiers, dont la communauté andorrane de Béziers, pour exploiter les monopoles français et espagnols sur les allumettes et le phosphore. Ils négociaient avec le Conseil général pour des monopoles sur les allumettes et le lait, avec des résultats mitigés. En 1904, le jeune Jacint investissait dans des actions minières étrangères : Compagnie Royale Asturienne des Mines pour le charbon asturien, Guipúzcoa pour le zinc et le plomb ; Government Gold Mining Areas Limited et Westrand Consolidated Mines pour des opérations aurifères sud-africaines.
Fité souligne la continuité et la complétude exceptionnelles de l'archive, qualifiant sa survie de « miracle » à travers les générations. « Des collections commerciales comme celle-ci sont très rares – elles disparaissent souvent à la fin de l'entreprise », a-t-il déclaré. Elle offre un aperçu rare du dynamisme économique improbable de l'Andorre, remettant en cause l'image d'une Principauté isolée à la fin du siècle.
L'entreprise a débuté en 1854 lorsque Maria Maestre, héritière de Cal Casadet, épousa Jacint Rossell, sellier à Encamp. Leur fils Jacint, éduqué à Toulouse, les rejoignit en 1886, stimulant l'expansion jusqu'à sa mort en 1907 dans un accident de chariot près de Coll de Nargó. Le patriarche Jacint suivit peu après. Le petit-fils Amadeu prit la relève depuis Toulouse aux côtés de Rita Naudí, transformant la firme en Vidua Rossell é Hijo. Les priorités se tournèrent vers la stabilité, l'immobilier et des ventures comme l'usine de tabac La Nueva Habana en 1912 avec du matériel allemand. Les années 1920 apportèrent une diversification supplémentaire dans les fournitures automobiles, l'hôtellerie comme l'hôtel Casino à Escaldes-Engordany, l'électrification et la foresterie face à une concurrence croissante. L'activité a décliné dans les années 1930 en raison des guerres, la boutique fermant vers le milieu des années 1950.
Sources originales
Cet article a ete agrege a partir des sources catalanes suivantes :