Andorre approuve un projet de loi modernisant la réglementation des pharmacies et limitant la commercialisation
Le texte impose des limites strictes de propriété, interdit les conflits d'intérêts pour les prescripteurs, exige des pharmaciens sur site et introduit des amendes élevées pour prioriser les services de santé communautaires sur le profit.
Points cles
- Andorre approuve un projet de loi modernisant la réglementation pharmaceutique pour prioriser la santé sur le profit.
- Limites strictes de propriété : sociétés plafonnées à 6 pharmacies, détenues uniquement par des pharmaciens qualifiés.
- Interdiction pour prescripteurs et acteurs pharma de détenir des parts ; pharmacien sur site obligatoire.
- Amendes jusqu'à 200 000 € ; COFA salue cette mesure contre la commercialisation.
Le gouvernement andorran a approuvé un projet de loi de régulation pharmaceutique visant à moderniser un cadre obsolète pour le secteur. Ce texte, qui nécessite encore un développement réglementaire et un approbation parlementaire, fixe des règles strictes sur la propriété, l’exploitation et le contrôle des pharmacies afin de souligner leur rôle de service de santé communautaire plutôt que d’entreprise commerciale.
Selon le projet de loi proposé, les pharmacies peuvent être détenues par des personnes physiques ou des sociétés basées dans le Principat, mais les propriétaires sociétés doivent être composées exclusivement de pharmaciens qualifiés. Une même société est limitée à six officines, chacune devant être dirigée par un pharmacien titulaire disposant de son autorisation indépendante. Cette limite reflète la situation actuelle, où des groupes comme Pasteur et Galeno exploitent déjà chacun six pharmacies.
La législation interdit aux professionnels de santé prescripteurs — tels que médecins, dentistes ou vétérinaires — toute participation financière directe ou indirecte dans la fabrication, la distribution ou la vente de médicaments. Elle exclut également les personnes impliquées dans la production, la distribution ou l’inspection pharmaceutique de la propriété de pharmacies. Les incitations telles que remises ou primes pour influencer les prescriptions ou les ventes sont prohibées de manière générale afin de préserver l’indépendance professionnelle.
Les règles de personnel exigent la présence d’un pharmacien qualifié sur site pendant toutes les heures d’ouverture, qu’il soit titulaire, cotitulaire, responsable, adjoint, régent ou remplaçant. Les autres employés doivent recevoir une formation spécifique pour des tâches comme le stockage, la manipulation ou la délivrance de médicaments. Les pharmaciens sont tenus de signaler les ordonnances suspectes, de déclarer les erreurs — comme les incompatibilités médicamenteuses — et de prévenir la fraude.
Un régime gradué de sanctions accompagne le projet de loi, avec des amendes allant de 300 € pour des manquements mineurs comme une signalétique défectueuse ou des lacunes en hygiène jusqu’à 200 000 € pour des violations très graves, pouvant inclure une fermeture jusqu’à cinq ans ou définitive. Les infractions graves, sanctionnées jusqu’à 20 000 €, couvrent des manquements comme le non-respect des gardes, un stockage inadéquat de médicaments, la vente de médicaments sur ordonnance sans prescription, des ventes en ligne non autorisées ou une publicité excessive. Les infractions mineures répétées passent au statut grave, tandis que les cas très graves impliquent la fourniture de médicaments non autorisés ou un risque pour la santé publique. Les amendes peuvent être majorées en cas de profits illicites liés aux violations.
Les inspecteurs du ministère de la Santé obtiennent des pouvoirs explicites pour des visites inopinées, l’accès aux documents et des prélèvements afin d’assurer le respect des règles. Le gouvernement dispose de 12 mois après l’entrée en vigueur pour détailler les procédures d’inspection, six mois pour la planification pharmaceutique et 12 mois pour les règles sur les ordonnances et la délivrance.
Une clause transitoire permet aux pharmacies existantes de se relocaliser au sein de leur paroisse si elles respectent les critères de distance — 60 mètres pour les déménagements volontaires, potentiellement moins pour les relocalisations forcées dues à des hausses de loyer insoutenables — sans violer les limites basées sur la population. Actuellement, Andorre compte 57 pharmacies pour répondre à ses besoins.
Le Collège officiel des pharmaciens (COFA) a accueilli favorablement le projet, le qualifiant d’étape positive après des années de négociations pour « éviter le mercantilisme ». Son président, Jesús Robinat, a insisté sur le fait que les pharmacies sont « un service de santé, pas un commerce », en créditant l’exigence de capitaux 100 % andorrans et pharmaceutiques pour permettre aux locaux de travailler tout en filtrant les pressions commerciales externes. Il a noté que le texte maintient certains éléments du statu quo, comme la possibilité d’ouvrir une nouvelle pharmacie dans les cinq ans suivant la fermeture d’une autre, après quoi une demande non satisfaite pourrait réduire le nombre de base d’officines.
Robinat anticipe un traitement rapide par l’exécutif et le parlement, sans dissension majeure parmi les plus de 80 membres de la profession. Les priorités futures incluent une loi sur les médicaments, des garanties d’approvisionnement et une rémunération des gardes plus juste, actuellement inférieure à 3 € par heure en semaine et légèrement plus les jours fériés. Le texte ne prévoit rien concernant les impacts potentiels d’une association à l’UE, qui restent incertains.
Articles lies
Autres articles de sources catalanes sur le meme sujet :